Nos publications


  • Compte rendu de la soirée débat AIVB du 30 Novembre 2017

     

    Cette soirée qui s’est tenue s’est déroulée à la salle paroissiale de l’Église catholique à Villejuif devait permettre une premier échange autour du  thème de l’année 2018 qui se rapporte à l’Écologie.

    La question principale choisie comme fil conducteur est : « Quelle place nos religions prennent-elles dans le grand débat sur l’avenir de la planète ? »  Deux questions ont été débattues :

    1. Pouvez-vous identifier dans votre religion des principes se rapportant à la protection de notre planète ?
    2. Vous est-il arrivé dans votre conduite quotidienne de faire des choix écologiques inspirés par vos convictions religieuses ?

    Voici une  synthèse des retours de trois groupes de discussion qui se sont constitués.

    Premiere question : Pouvez-vous identifier dans votre religion des principes se rapportant à la protection de notre planète ?

    La  Bible (la Tora et le Nouveau Testament) et le Coran contiennent des principes qui ont un lien avec la protection de la planète. Ils enseignent que Dieu est créateur du ciel et de la terre. Ainsi, la terre ne nous appartient pas. Les humains ont surtout mis en avant l’ordre que Dieu nous a donné : dominer la terre. Une mauvaise compréhension de ce verbe a conduit à l’anthropocentrisme. Mais Dieu nous a aussi ordonné de cultiver la terre, de la garder, d’en prendre soin. Il faut donc rendre la terre féconde et non l’épuiser, laisser vivre les animaux et les plantes et non les accaparer. Les traditions juive, chrétienne et musulmane incitent au respect de tout ce qui est créé par Dieu et découragent le gaspillage. Puisque les adventistes (une branche du protestantisme) ne mangent pas la viande, est-ce écologique ? On doit rendre beau ce qui existe et l’utiliser dans le sens du bien. Nous avons à remercier Dieu pour le don de la création et pour tout ce qu’il nous offre. Nous ne devons pas gaspiller, non seulement la nourriture, mais aussi les vêtements parce que les gens qui les confectionnent dans les pays pauvres souffrent.

    Dans l’épître aux Romains, l’apôtre Paul dit que la création souffre. Il faut entendre à la fois les cris de la terre et les cris des pauvres, qui sont abandonnés à leur triste sort. Tout cela doit être articulé. Dans le christianisme, Saint François d’Assise est un modèle de l’amour de la création. On tient d’autant plus aux choses qu’elles nous émerveillent. Tout est lié, mais tout est fragile. On doit travailler pour vivre et Dieu nous considère comme des ‘’vicaires’’ sur cette terre, des gestionnaires. Les non-croyants nous rappellent que nous sommes co-créateurs. Cela va dans le sens de l’Encyclique du Pape François, Laudato Si, qui déclare que nous sommes à la fois responsables et co-créateurs puisqu’il nous faut poursuivre la création. Il y a aujourd’hui une éducation à refaire. Pour protéger la terre, il ne faut pas jeter n’importe quoi, n’importe où.

    Le Coran commande le respect de la nature, elle est la seule justice. Les plantes et les animaux doivent être protégés. Il ne faut pas détruire les arbres sans nécessité. En cas de guerre, les soldats ne doivent ni tuer les animaux ni détruire les arbres. On va en enfer si on maltraite les animaux. Dieu nous a dit de prendre de tout sans faire de gâchis. Il faut remplir l’estomac de façon modérée. Il ne faut pas tuer si ce n’est pas nuisible. Et puis il y a des interdits alimentaires. On ne doit manger que les animaux herbivores et non les animaux carnivores ni les bêtes à sabots. Ce genre d’interdits se trouve également dans la Tora. Mais, avec Jésus, les chrétiens sont libérés de tout cela. Jésus a déclaré que ce n’est pas ce qui rentre dans la bouche qui souille, mais ce qui en sort.

    Dans l’islam, il est recommandé de renouveler les arbres, il ne faut pas les brûler. Un vieil homme qui plante un arbre plante pour les autres. Celui qui plante un arbre aura une récompense de Dieu sur quiconque mangera ses fruits. Même si l’heure de la fin du monde arrive, si on a une fleur à la main, il faut la planter. Celui qui enlève un obstacle sur la route réalise une aumône. Quand Dieu a créé la terre, il a donné de l’eau, qui est la source de vie de tout être vivant. On ne doit pas la gaspiller ni la salir. On ne doit pas utiliser plus d’un litre d’eau pour les ablutions, même devant un fleuve. Il est très important d’observer la nature et l’Histoire. Si on comprend comment la nature est faite, on peut comprendre la puissance de Dieu.

    Deuxième question : Vous est-il arrivé dans votre conduite quotidienne de faire des choix écologiques inspirés par vos convictions religieuses ?

    La dimension humaine peut en effet inspirer nos actes. En tant qu’être humain, peu importe ses convictions religieuses, on doit avoir le souci des autres. Il existe des régions qui manquent d’eau ou qui n’en ont pas assez. Le rôle de l’éducation est d’apprendre le respect qui nous fait poser des gestes pour en prendre soin, la rendre propre. Selon les musulmans, il faut faire très attention à l’utilisation de l’eau pour les ablutions : il y a des gestes précis pour éviter le gâchis. On n’a pas le droit d’ouvrir le robinet d’eau à fond. On a entendu le témoignage d’une personne qui a vécu la situation du Honduras avec la destruction des ressources en eau et son gaspillage par les grands planteurs. Elle avait participé à la sensibilisation de la population. Suite à cette mobilisation, on est arrivé à empêcher de continuer à planter des champs à grande échelle dans cette région. En fait, quand on protège l’eau, on protège les gens.

    On a aussi évoqué le cas du Nigeria. En 2001, la Commission africaine a été saisie par deux ONG (organisation non gouvernementale), nigériane (Social and Economic Rights Action Center) et américaine (Center for Economic and Social Rights), pour la violation du droit à l’alimentation au Nigeria. Elles ont porté plainte auprès de cette Commission pour défendre le peuple ogoni contre la société pétrolière nationale et la compagnie Shell qui, avec la complicité du gouvernement, détruisaient les terres et les ressources en eau de ce peuple. La Commission africaine a conclu que le gouvernement du Nigeria avait l’obligation de respecter et de protéger le droit à l’alimentation du peuple ogoni, y compris contre l’activité des entreprises pétrolières. L’affaire a été suivie par des ONG nationales et internationales, et une  campagne médiatique a obligé Shell à quitter le Nigeria.

    À cause de leur foi, des gens qui ont participé au débat font le choix d’acheter des produits du commerce équitable : il s’agit de rendre justice aux personnes qui travaillent dans les pays pauvres. L’écologie et la dimension sociale sont en effet liées. Il faut entendre les cris des pauvres et les cris de la terre : c’est le sens de la justice. On a aussi signalé l’importance du compost et de la qualité de toit des maisons. L’islam, qui n’y était pas tellement sensible dans le passé, pousse les croyants dans ce sens. On a entendu le témoignage d’une personne qui a choisi l’essence par rapport au diesel pour sa voiture pour être logique et préserver la nature et la santé. Il l’a fait avec plus de conviction et de conscience. Pour les déplacements, on a parlé de la marche à pied et des moyens de transport en commun. On a soulevé la question du trafic aérien dans le monde qui ne cesse d’augmenter. Selon les prévisions, il va doubler d’ici dix ans.

    Dans l’islam, quand on doit aller prier, il faut y aller à pied ; à chaque pas qu’on fait on s’élève. La préservation de l’humanité est une obligation religieuse : préserver sa santé et soigner son corps parce qu’il ne nous appartient pas, la vie nous est confiée. Des savants religieux ont déconseillé et interdit la cigarette jugée nocive pour la santé. C’est d’accord avec le fait qu’on doit préserver l’humanité et qu’on est appelé à prendre soin de sa vie, mais quelqu’un a dit que, pour lui, c’est de l’ordre de l’inspiration plus que de la prescription. On a insisté aussi sur le nettoyage de nos maisons et de nos habits, car quand on salit le corps, on salit l’âme. Il faut se pencher sur la question du péché, de notre relation à Dieu. Le problème des OGM (organisme génétiquement modifié) a été soulevé et celui de la non-consommation de la viande. Ce n’est pas seulement une question d’économie. On doit vivre dans la sobriété et même jeûner. La sobriété n’est pas uniquement une question de consommation.


  • Noël : quel est le sens de cette fête ?

    « Mais l’ange leur dit : Soyez sans crainte, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur (évangile selon Luc chapitre 2 versets 10 et 11). »

    Luc est l’un des évangiles du Nouveau Testament qui parlent de la naissance de Jésus. Le chapitre 2 raconte que Jésus est né à Bethléem, qui signifie maison du pain, lors du recensement ordonné par l’empereur romain César Auguste.

    Nous sommes à quelques semaines de Noël. Beaucoup l’attendent avec impatience. Noël fait désormais partie du patrimoine humain. Il n’y a aucune autre fête chrétienne d’une telle ampleur qui conjugue à la fois la faveur populaire et la course effrénée aux cadeaux. Pour nos contemporains, Noël est avant tout la plus grande réunion familiale annuelle qui peut rassembler toutes générations confondues. Il y a un transfert de la fête religieuse vers la fête de famille, car nombreux sont ceux qui vivent Noël sans aucune dimension religieuse.

    Sans négliger l’importance de la dimension familiale et sociale de cette fête, et la joie qu’elle procure aux uns et aux autres, Noël est d’abord une fête chrétienne qui célèbre la venue du Christ Sauveur. Le terme salut est central dans la Bible. Mais, de nos jours, il n’a apparemment plus la même pertinence. Pour la plupart des gens, c’est un mot usé, vieilli, désuet, marginalisé, une notion obsolète, sans saveur dans un monde sans sauveur. La préoccupation du salut n’est pourtant pas totalement absente aujourd’hui. Le salut prend son sens en fonction d’une situation de perdition, où l’être humain expérimente l’aliénation de l’existence. Dans un monde sans repères, sans certitudes, sans valeurs sûres, on voit ressurgir confusément une soif de sens de la vie.

    Mais de quoi le Christ sauve-t-il ? Il sauve du péché. Ce mot ne dit plus grand-chose pour nos contemporains. Quand on évoque le terme péché, les premiers mots auxquels on pense sont : faute, erreur, bêtise, etc. C’est une conception moraliste ou moralisante du péché. On y voit un acte ne respectant pas une règle éthique ou morale. En fait, le péché concerne d’abord la relation de l’être humain à Dieu. Il qualifie une situation dont le lien avec Dieu est perverti. C’est une rupture de l’alliance de Dieu. Et cela se traduit dans de mauvais comportements. Tout être humain est pécheur. Le salut est un don gratuit et non la récompense de ses mérites. C’est Dieu qui lui pardonne et le justifie. On vit dans une société de mérite où chacun est censé « justifier » sa vie. En Christ, l’être humain n’a plus besoin de faire ses preuves, ni de courir derrière la réussite sociale pour être reconnu et être digne devant Dieu et ses semblables puisque c’est Dieu qui justifie son existence.

    Le Christ sauve aussi de la peur de la mort. La vie est fragile et vulnérable ; le monde est incertain et parfois dangereux. L’humanité est elle-même menacée par l’épuisement des ressources de la terre, la pollution, le réchauffement climatique, les effets de serre, la course aux armements de destruction massive En Christ, Dieu donne la vie éternelle que même la mort ne pourra pas détruire. Par sa résurrection la victoire du Christ sur la mort est une délivrance et un appel à lutter contre toutes les puissances destructrices. Le Christ sauve également de l’absurde ou du non-sens en révélant le sens de la vie. Il sauve enfin de l’aliénation sociale. Il libère de tout ce qui peut rendre esclave, de toute oppression et de toutes les idoles modernes.

    Noël est une Bonne Nouvelle à partager. Un temps de joie pour vivre dans l’amour, la paix, le pardon, la réconciliation, et pour être au cœur de la société et du monde des signes fragiles mais opiniâtres d’une humanité fraternelle, réconciliée et solidaire.

    Pasteur Lendo MAKUNGA de l’Église protestante unie du Kremlin-Bicêtre


  • Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit

    (1ère lettre de St Paul aux Thessaloniciens, chapitre 5, verset 2)

    un appel à la vigilance et à la responsabilité !

    Cette fin du mois de novembre correspond, pour les chrétiens, à la fin d’une année liturgique. C’est l’occasion pour eux d’accueillir des textes bibliques qui, en évoquant la fin du monde et le jugement dernier, nous incitent à la vigilance. C’est ainsi que la célèbre parabole des talents (évangile selon Matthieu, 25, 14-30) explicite de manière imagée le fondement de cet appel à la vigilance : le maître de la parabole est parti en voyage. Il n’est plus là pour donner quotidiennement ses consignes à ses serviteurs. Et toute la question est de savoir, en attendant son retour, comment gérer son absence, que faire des richesses qu’il nous a confiées.

    Cette parabole évoque directement un surprenant et douloureux constat : l’apparente absence de Dieu. Dieu ne semble pas là quand on a besoin de Lui.

    Notre planète est traversée de contradictions : ici on meurt de faim ou des séquelles de la malnutrition et du manque d’hygiène, là on déverse devant les préfectures des excédents alimentaires qui font chuter les cours ; ici on sacrifie des enfants jugés trop nombreux ou gênants en adoptant l’avortement comme méthode contraceptive, là on s’acharne à fabriquer des bébés à coups d’onéreuses procréations médicalement assis; ici on s’ingénie à prolonger la vie, là à la raccourcir en plaidant pour l’euthanasie; ici on s’épuise en négociations de paix, là on fabrique et on vend des armes pour, dit-on, sauver des centaines de milliers d’emplois et équilibrer le commerce extérieur. Ce ne sont là que quelques-unes des très nombreuses contradictions dans lesquelles l’espèce humaine se débat, et on aimerait bien que la simple lecture de l’Évangile dicte à chacun ce qu’il a à faire… mais les choses, en chacun de ces domaines, sont loin d’être claires tant les enjeux et les intérêts des uns et des autres sont divers et embrouillés.

    La parabole est d’actualité : nous vivons le temps de l’absence de Dieu. Ou plutôt, pour ses disciples, la présence du Christ Ressuscité est encore tellement cachée qu’il leur faut prendre au sérieux, jusque dans leur foi, cette extrême discrétion de Dieu qui doit se retirer, comme le maître dans la parabole, pour que les hommes puissent réellement assumer les responsabilités qu’il leur confie. Elle est dure, et pourtant je l’aime, cette apparente absence – disons cette discrétion – de Dieu.

    C’est en effet le prix à payer pour notre liberté et notre responsabilité. C’est le mystère de l’Ascension… Jésus qui se retire. C’est une vraie liberté que Dieu nous donne. Il n’a pas écrit d’avance le scénario de notre vie et il n’a pas l’habitude de réparer nos erreurs ! Oui, l’Évangile nous invite à être vigilants sur la marche du monde… parce que nous en sommes responsables ! Oui, l’Évangile invite chacun à vérifier le sens qu’il donne à sa vie… parce que chacun en est responsable !

    Alors, en attendant le retour du Seigneur, que ferons-nous de cette histoire qui nous est offerte?  Notez que notre réponse pratique à cette question donnera une certaine image de Dieu… Avez-vous remarqué que, dans la parabole, c’est comme par hasard celui qui a peur, celui qui n’a pas voulu prendre de risque et qui a enfoui son talent en terre, qui se fait de Dieu l’image la plus atroce : « un homme dur, qui moissonne là où il n’a pas semé, qui ramasse là où il n’a pas répandu le grain »  !   Autrement dit, dis-moi ce que tu fais de ta vie… je te dirai quel est ton Dieu ! Si tu te replies sur toi-même, si tu refuses de continuer la création en mettant en service  tous tes talents reçus, tu risques fort de ne jamais découvrir – et à fortiori de ne jamais révéler ! – le Dieu qui aime et ne désespère jamais de l’homme. La meilleure chance pour toi de découvrir le Dieu ami de la vie, c’est d’aimer toi-même la vie, de n’être ni endormi ni timoré. N’aie peur ni de tomber ni de te tromper ! Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas, mais ceux-là, nous dit la parabole, ne sont pas prêts de découvrir le vrai visage de Dieu.

    Philippe LOUVEAU, Eglise catholique à Villejuif


  • Sauvé par sa foi

      « En ce temps là, Jésus, se rendant à Jérusalem, passait entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent :Jésus, maître, aie pitié de nous!. Dès qu’il les eut vus, il leur dit : Allez vous montrer aux prêtres. Et, pendant qu’ils y allaient, il arriva qu’ils furent guéris. L’un deux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix. Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces. C’était un Samaritain. Jésus, prenant la parole, dit : Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ? Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? Puis il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. »

    Ce texte fait référence à des lepreux. A l’époque du Christ,  la lèpre désignait toutes sortes d’affection de la peau et les lépreux étaient considérés comme des personnes impures, indignes de se tenir devant Dieu et contraints de plus à  vivre retranchés des hommes.

    Dans ce contexte, les lépreux s’adressent a Jésus, lui demandent de les aider.

    Or sur les dix qui furent purifiés, c’est au seul qui vient lui rendre grâce que Jesus indique qu’il est sauvé par sa foi.Comment interpréter ceci?

    Les neufs autres lépreux ont été purifiés; il ont obtenu le droit de se présenter devant Dieu, mais seul celui qui a su reconnaitre et sanctifier la source de sa guérison sera pardonné de ses péchés.


  • La mort fait partie de la vie

    Après le sabbat, à l’aube du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie allèrent voir le sépulcre (évangile selon Matthieu chapitre 28 verset 1).

    De même que Marc, Luc et Jean, Matthieu est l’un des quatre évangiles du Nouveau Testament qui racontent la vie de Jésus. Le chapitre 28 de Matthieu raconte que Jésus est ressuscité, trois jours après sa mort.

    Comme chaque année, à la Toussaint, beaucoup de gens se sont rendus sur la tombe d’un être cher, un peu comme les femmes qui sont allées au sépulcre de Jésus, le matin de Pâques. C’est très humain d’aller sur la tombe de celle ou celui qu’on aimait, peu importe la date. Beaucoup pensent que c’est un geste de respect pour celles et ceux qui sont morts. Certains y vont pour nettoyer les tombes de leurs défunts et pour y déposer un pot de chrysanthèmes. D’autres s’y rendent tout simplement pour voir la tombe de la personne décédée. D’autres encore font ce rite par tradition « parce que ça se fait ». Il y en a également qui considèrent la tombe comme un lieu de mémoire…

    On n’aime pas parler de la mort, et en particulier de notre propre mort ou de celle qui pourrait toucher celles et ceux qu’on aime. Cette mobilisation, à la Toussaint, qui a lieu une fois par an, est l’occasion de prendre conscience que la mort fait partie de la vie. Il faut en parler, même si notre société a tendance à l’occulter, la maquiller, l’écarter de plus en plus de la vie publique. C’est vrai que la mort peut être synonyme de gâchis, d’absurdité aveugle, d’horreur. C’est le cas avec les accidents de la route, les guerres, le terrorisme, les génocides, les assassinats, les meurtres, la famine… Mais il y a aussi la mort quotidienne qu’on peut qualifier d’« ordinaire ». Elle est souvent confisquée. En allant sur la tombe d’un défunt, nous apprenons, nous-mêmes, à mourir, à vivre avec la mort. Proche ou lointaine, la mort sera au rendez-vous. Ceux qui sont morts nous font penser à notre propre mort.

    Se pose la question du pourquoi de la dénégation de la mort. Les raisons sont multiples. On peut en mentionner deux parmi d’autres. Quitter définitivement celles et ceux qu’on aime provoque la tristesse. Et puis la mort provoque une angoisse. La mort va à l’encontre de nos rêves de toute-puissance et de maîtrise, et de nos illusions de l’immortalité. Elle nous rappelle notre fragilité, notre vulnérabilité, notre finitude. Il faut la combattre, la faire retarder par tous les moyens. Mais elle fait partie de la vie. L’être humain n’est pas prêt de la vaincre. La vie humaine est limitée dans l’espace et dans le temps ; l’humain est un être inscrit dans la finitude. Il naît, grandit, mûrit, vieillit et meurt.

    Dieu, qui est au début et au bout de notre vie, chemine avec nous sur nos routes. Son amour ne se limite pas à ces quelques années que nous passons sur cette terre. Il nous aime éternellement et nous promet la vie éternelle en Christ par sa résurrection d’entre les morts. Car « si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais maintenant, Christ est ressuscité d’entre les morts, il est les prémices de ceux qui sont décédés » (1 Corinthiens chapitre 15 verset 19 à 20). Si tout s’achève avec la mort, alors la naissance est une misère et la vie est aussi stupide qu’horrible. Mais, grâce à la résurrection en Christ notre vie a un sens, elle n’est pas absurde, et ce que nous faisons a un sens.

    Pasteur Lendo MAKUNGA de l’Église protestante unie du Kremlin-Bicêtre


  • Le coran expliqué: Sourate « les femmes »

    « Ô hommes! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et de ce couple a fait naître tant d’êtres humains, hommes et femmes. Craignez Dieu au nom duquel vous vous demandez mutuellement assistance.  Respectez les liens du sang. En vérité, Dieu vous observe en permanence ».

    Cette sourate débute par deux relations fondamentales qu’il revient à tout être humain de garder à l’esprit. La première consiste en la relation avec son Seigneur qui l’a créé et lui pourvoit sa subsistance.

    La seconde porte quant à elle un rappel sur le lien du couple, le lien des membres de la famille et le lien avec tous les hommes, car ils sont tous issus de parents uniques (Adam et Ève) et ils partagent, à la différence des autres créatures, les mêmes qualités et aspirations.

    Ces deux relations impliquent par conséquent la soumission à Dieu, le Créateur, ainsi que de la bonté et de l’égard envers l’humanité.

    Et craignez Allah (loué soit-Il):

    Le croyant est tenu de craindre Allah (loué soit-Il) car c’est Lui qui a mis à sa disposition tous les biens faits de ce monde et qu’IL invoque dans la difficulté comme dans l’aisance.

    Après un prêche, le Prophète (Bénit soit il) récita ce verset: «O vous qui croyez, craignez Dieu. Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain» [Coran 59, 18].

    Il  exhorta les hommes à faire l’aumône. Chacun des fidèles s’exécuta en donnant à des pauvres de ce qu’il possédait comme argent, blé, dattes, ou autre».

    Et ne rompez pas les liens du sang :

    De nombreux versets et hadiths affirment que la compassion émane d’Allah et que celui qui rompt les liens du sang et de la compassion coupe sa relation d’avec Allah.

    « Ne craignez-vous pas, si vous vous détourniez de la voie d’Allah, de semer le désordre sur terre  et de rompre les liens de sang avec vos proches ? » [Coran 47,22]

    Le Prophète (Béni soit il)  a dit :

    «  Que celui qui veut qu’Allah lui attribue largement Ses dons, que sa bonne renommée lui survive, consolide ses liens de sang ». (Boukhari et Mouslim)

    Alors que la bonté est prescrite envers l’humanité dans son ensemble, certains liens réclament davantage de charité et de bienfaisance, comme dans le cas de parenté ou envers les nécessiteux tels que les orphelins et les destitués.

    Et ce couple tira l’humanité toute entière :

    C’est à dire qu’ à partir d’Adam et d’Ève un grand nombre d’hommes et des femmes se sont répandu sur toute la terre avec différentes qualités, couleurs et langues. Mais, au jour du rassemblement ils seront tous de retour égaux devant Dieu.

    En vérité, Dieu vous observe en permanence : 

    Dieu observe toutes Ses créatures et voit ce qu’elles font, Il est témoin de toutes les œuvres et rien ne Lui est caché. Dans un hadith authentifié, l’Envoyé de Dieu (qu’Allah le bénisse et le salue) a dit: «Adore Dieu comme si tu Le vois, si tu ne Le vois pas, Lui certes te voit».

    Le secret qui réside dans la naissance de toute l’humanité toute entière d’un seul couple, est la compassion que doivent les uns à l’égard des autres et l’incitation à aider les faibles et les pauvres


  • La Torah commentée: d’une génération à l’autre

    La paracha Noah lue cette semaine dans les synagogues raconte l’histoire des générations ayant vécu entre Noé et Abraham, qui incluent la génération du déluge et celle de la tour de Babel, qui ont toutes deux conduit a un échec de l’humanité à remplir son rôle dans le monde.

    Un midrach (avot 5.2) (tradition orale comprenant de nombreuses anecdotes) fait le parallèle avec l’histoire d’un roi qui avait des relations conflictuelles avec ses deux fils : le premier lui criait » je ne peux plus te supporter toi et des requêtes ! » tandis que le second affirmait: « c’est toi ou moi, il faudra choisir ! ».

    Les dix générations qui ont vécu d’Adam à Noé ne comprenaient pas le statut unique de l’homme et n’acceptaient pas la souveraineté de D.ieu. La bible dépeint cette rébellion dans les termes les plus rudes: « Et l’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que tous les desseins des pensées de son cœur n’étaient que mal. Et l’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre”(gen 6 :5). L’humanité était alors tombée au plus bas.

    C’est que les hommes de ces générations n’étaient pas prêts à assumer leur suprématie dans le monde du vivant. Semblables au premier frère, la présence D.ieu et de ses requêtes leur était devenu insupportable. Ils souhaitaient juste vivre comme des animaux.

    La génération de la tour de Babel, s’est, elle, positionnée à l’extrême opposé : Ceux qui ont construit la tour étaient pleinement conscients de leur position au sommet des espèces. Ils se sont sentis suffisamment forts pour concevoir un langage universel qui les unisse tous. Mais ils ne se sont pas contentés de cela: Ne comprenant toujours pas leur rôle dans la création, ils ont pensé que le monde ne pouvait avoir qu’un seul souverain, et tel le deuxième frère de notre histoire, pénétrés de leur suprématie, se sont élevés contre leur créateur pour dire «c’est toi ou moi ».

    Pourtant cette prise de conscience de leur rôle les a sauvés. Alors que leurs ancêtres avaient été jugés « irrécupérables », la génération « Babel » n’a pas été détruite mais simplement dispersée a travers la terre avec ainsi une chance de poursuivre l’histoire de l’humanité, qui a continué à osciller entre ces deux extrêmes pendant vingt générations.

    Le premier selon la bible à trouver le bon équilibre fut Abraham qui s’est tenu « debout devant le seigneur » (gen 18 :22). En être humain conscient de sa valeur, il s’est présenté devant D.ieu, prêt à accepter sa domination et à obéir ses ordres, mais aussi à argumenter pied à pied avec lui afin de défendre ses semblables : « Loin de toi d’agir de la sorte, de faire mourir le juste avec le coupable ! …Celui qui juge toute la terre ne rendrait-il pas justice ?»(gen 18 :25).

    Il nous donne en exemple un modèle de vie équilibré ou l’homme, confiant dans sa capacité d’assumer ses responsabilités, fait le choix d’une existence droite et juste au cotés de son prochain, déterminé a suivre les pas du seigneur.


  • De la nécessité d’une revalorisation de la politique

    « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir ; car il n’y a d’autorité que de Dieu, et celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s’oppose à l’autorité se rebelle contre l’ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront la condamnation sur eux-mêmes. En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas avoir à craindre l’autorité ? Fais-le bien et tu recevras ses éloges, car elle est au service de Dieu pour t’inciter au bien. Mais si tu fais le mal, alors crains. Car ce n’est pas en vain qu’elle porte le glaive ; en punissant, elle est au service de Dieu pour manifester sa colère envers le malfaiteur. C’est pourquoi il est nécessaire de se soumettre, non seulement par crainte de la colère, mais encore par motif de conscience. C’est encore la raison pour laquelle vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont chargés par Dieu de s’appliquer à cet office. Rendez à chacun ce qui lui est dû : l’impôt, les taxes, la crainte, le respect, à chacun ce que vous lui devez » (Romains 13 : 1-7 TOB ; Traduction Œcuménique de la Bible).

    L’épître aux Romains est le livre le plus important de tous les écrits de Paul. C’est le plus long, le plus riche théologiquement et le plus structuré. Il a eu une influence considérable pour la foi chrétienne dans l’histoire de l’exégèse et de l’Église. Pour son rôle joué depuis la Réforme protestante au XVIe siècle jusqu’à aujourd’hui, les traducteurs de la TOB avaient commencé leur travail par cette lettre. Paul n’a pas fondé la communauté de Rome à laquelle il adresse sa lettre. Il ne connaît donc pas directement cette Église. Rien n’indique qu’elle ait été fondée par Pierre. Mais cela ne signifie pas que Pierre n’est pas allé à Rome. L’origine de cette Église est inconnue.

    Le texte qui nous occupe forme à lui seul une unité littéraire, où Paul mène une réflexion sur le fondement et la vocation politique. Il débute son propos par l’affirmation : tout être humain est invité à se soumettre aux autorités en place. Il exhorte à avoir une conduite responsable à l’égard des autorités, à les reconnaître et à s’y soumettre. Cet enseignement est inconditionnel et concerne tout le monde. Paul s’adresse à un public universel puisqu’il ne fait aucune distinction entre croyants et non-croyants. Le texte grec dit littéralement : « Que toute âme soit subordonnée aux autorités ». Paul justifie son affirmation par le fait que les autorités ont été instituées par Dieu. Ainsi, se rebeller contre les autorités équivaut à se révolter contre Dieu. Les autorités n’ont pas seulement été établies par Dieu, mais encore elles sont là comme servantes de Dieu pour le bien de tous. Garantes de l’ordre public, les autorités sont servantes de Dieu pour le bien public, c’est-à-dire l’intérêt général. Elles ont un rôle positif : contraindre les humains à mener une vie plus juste. L’ordre social et politique a pour fin le bien et, donc, la répression du mal. La soumission aux autorités n’est pas uniquement due à la crainte des autorités ou de la sanction, mais également « par motif de conscience ». C’est pourquoi on paie les impôts. Paul conclut son exhortation par le fait que chacun, sans exception, s’acquitte de ses contributions publiques et respecte qui de droit.

    Évidemment, cette idée de Paul de la loyauté envers les gouvernants a fait couler beaucoup d’encre. Elle a fait l’objet de plusieurs controverses importantes dans des contextes différents, par exemple dans les Églises d’Allemagne à la Seconde Guerre mondiale. Pour certains, cette position est conformiste et agaçante. Au lieu de leur opposer une résistance, Paul semble accepter la soumission aux régimes totalitaires. En fait, Paul ne se s’intéresse pas ici aux débats sur la forme de régimes politiques. Il s’oppose aux discours, aux gestes et aux actes qui incitent à l’anarchie. Toutefois, le mot conscience qu’il utilise occupe une place très importante dans sa réflexion. Puisqu’il demande que chacun se soumette aux autorités en exerçant sa conscience, Paul fait appel à la liberté de chacun. Ce qui signifie que la loyauté envers les autorités sera critique : dénoncer le pouvoir totalitaire, protester et résister aux mauvais dirigeants qui manipulent, oppriment, effrayent, séduisent et tuent. Un État, même démocratique, n’est jamais parfait. Et d’ailleurs, Paul soumet l’autorité à un critère extérieur à elle-même, c’est-à-dire le bien, qui correspond à la volonté de Dieu. Le bien est tout ce qui est favorable à l’accomplissement des humains. Dieu est le symbole du bien et en est la source.

    La politique est discréditée dans notre pays pour différentes raisons, bonnes ou mauvaises. La défendre est actuellement nécessaire. Aucune société aujourd’hui ne peut fonctionner correctement sans autorités. C’est pourquoi l’État est appelé à ne pas s’écarter de sa mission. Il en est de même de son administration.

    Pasteur Lendo MAKUNGA de l’Église protestante unie du Kremlin-Bicêtre


  • La Torah commentée: les valeurs de la modernité

    La Paracha de cette semaine raconte la rébellion menée par Kora’h, cousin de Moïse et Aaron, riche dirigeant des Lévites, soutenu par plus de 250 leaders respectés de la communauté,  contre le leadership de Moise et Aaron.Ce soulèvement se termine tragiquement et tous les protagonistes périssent suite à une intervention  divine, engloutis par la terre, consumés par le feu, ou encore de la peste.

    Or la critique  principale de Kora’h  à l’encontre de Moïse et Aaron concernait la trop grande concentration du leadership politique et religieux entre quelques mains. Il réclamait une part plus importante pour le peuple. On peut éprouver un malaise à la lecture de cette histoire qui semble justifier l’usage d’une répression brutale pour museler la liberté d’expression. Plusieurs commentateurs bibliques se sont penchés sur ce texte, soulignant les problèmes qu’il soulève. Au travers de leurs argumentations on peut distinguer trois interprétations distinctes :

    la première rejette le libéralisme et maintient que la critique du leadership, si elle est recevable dans un gouvernement humain est hors de propos dans une société théocratique comme celle des hébreux. Selon cette approche, l’autorité d’Aaron ne pouvait être remise en question car elle était issue  sans contestation possible d’un mandat divin. Cette approche n’est pas généralisable : bien des situations similaires se sont présentées au cours de l’histoire où des dirigeants se réclamant de droit divin, ont abusé de leur position en  imposant leur loi.

    La deuxième interprétation, la plus populaire, rejette la rébellion menée par Kora’h, non sur la base de ses arguments dont le bien-fondé est reconnu, mais sur la base de sa personnalité, le présentant comme assoiffé de pouvoir, plus préoccupé de diriger le peuple que de lui conférer des droits, et ce en dépit de sa capacité à rallier à sa cause un nombre important de notables. Cette approche est fréquente de nos jours  en politique. Elle consiste  à éviter de répondre aux critiques fondées de ses  adversaires en détruisant l’image et la crédibilité  de celui qui les porte. Elle permet pas de résoudre les problèmes posés.

    La troisième approche  implique une lecture subversive  du texte et c’est peut-être là sa principale faiblesse. Selon cette approche, les revendications de Kora’h étaient justifiées et elles ont en fait été progressivement prises en compte, de sorte qu’on les retrouve dans des sections importantes de la halakha (Loi juive) ou l’on observe une réduction de la distance entre les prêtres et le peuple. Cette thèse  a été soutenue à notre époque par Aviah Ha-Cohen s’appuyant sur  un commentaire du rabbin Tsadok ha-Cohen de Lublin. Un des
    arguments avancé pour la soutenir est que  la Torah n’est pas claire quant au sort de  Kora’h. A-t-il été englouti, a-t-il péri par le feu, a-t-il survécu? Le texte ne le dit pas et les opinions diffèrent à ce sujet. Quoi qu’il en soit, une lecture du texte qui trouve un sens positif aux arguments de Kora’h permet de réconcilier partiellement le récit biblique avec les valeurs de justice et de liberté  de pensée qui sont chères  à notre époque

    d’après Dr. Ronen Ahituv,   Jordan Valley College and Western Galilee College


  • Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

    Telle est la parole qui accompagne le grand geste du baptême (évangile selon Matthieu, ch.28, verset 19) et qui ouvre chacune des liturgies chrétiennes, tout spécialement la fête de la Sainte Trinité en ce mois de juin : Nous marchons vers le Père, par le Fils, dans l’Esprit.

    Nous marchons vers le Père. Le Père… mystère d’un Dieu origine et source de l’univers et de tout homme… mystère d’un Dieu qui crée l’homme à son image, l’enveloppant de son amour. Voilà qui me met en communion avec tout homme, croyant ou non, qui lui aussi est aimé de Dieu…. mystère d’un Dieu qui veut le bonheur de l’homme et n’est en rien jaloux de ses succès et réussites, Lui qui l’a doté de l’intelligence et d’un cœur pour aimer.
    Le Père… mystère d’un Dieu invisible, qui est « au ciel », c’est-à-dire bien au-delà de tout ce qu’on peut dire de Lui dans nos pauvres mots d’hommes… mystère d’un Dieu que l’on ne peut pas posséder, qu’on a jamais fini de connaître. Ceci me met en communion profonde avec tous les hommes de par le monde en quête de spirituel, qui pressentent – maladroitement peut-être – qu’il y a quelque-chose ou quelqu’un au -dessus de nous ».
    Le Père… mystère d’un Dieu qui met en marche et appelle les hommes, les précédant et les enveloppant de son amour. La foi, pas un savoir, mais une histoire, un chemin. Et cela me met en profonde communion avec mes frères Juifs et Musulmans qui eux aussi reconnaissent qu’il n’y a qu’un seul Dieu… et que ce Dieu n’est pas un principe théologique, une vague déité ou divinité, mais Quelqu’un qui a créé l’homme pour en faire son vis-à-vis. Oui, nous marchons vers le Père, et, chemin faisant, nous découvrons de nombreuses solidarités !

    En marchant vers le Père, nous n’avançons pas tout-à-fait à l’aveuglette : le Christ nous fournit quelques balises. Nous marchons vers le Père par le Fils.
    Le Fils… mystère d’un Dieu qui se fait proche, qui vient vers nous sans nous donner le temps de chercher le meilleur moyen d’aller vers lui !… d’un Dieu qui a pris visage humain (« Qui m’a vu a vu le Père » , dit Jésus à Philippe). Voilà qui nous invite à prêter attention aux Écritures qui lui rendent témoignage !
    Le Fils… mystère d’un Dieu vulnérable par amour. Dieu ne pouvait pas souffrir… Voici qu’en Jésus, Dieu, par amour, accepte de souffrir et même de mourir ! Et voici une deuxième balise sur notre route : l’amour du prochain visible comme critère de vérification de l’amour de Dieu invisible !

    Nous marchons vers le Père, par le Fils… et dans l’Esprit !
    L’Esprit… mystère d’un Dieu qui travaille les hommes de l’intérieur, qui suscite notre émerveillement et fait de nous des contemplatifs !
    L’Esprit… mystère d’un Dieu fidèle qui assiste l’Église pour qu’elle traduise l’Évangile dans un contexte toujours nouveau… mystère d’un Dieu qui nous délivre de l’obsession de la lettre du précepte pour faire appel à notre conscience et éduquer notre liberté et notre responsabilité !
    L’Esprit… mystère d’un Dieu plein d’humour, qui signe son passage par la paix et la joie… une joie, dit Jésus, que rien ni personne ne pourra nous ravir.

    Nous marchons vers le Père, et cela nous ouvre à des solidarités insoupçonnées… Nous cheminons par le Fils, et cela nous procure quelques balises pour guider notre route… Nous cheminons dans l’Esprit, la force et l’amour même de Dieu qui nous empêche de céder au découragement…
    Le Père, le Fils et l’Esprit, un singulier pluriel qui, tels les trois hôtes d’Abraham, quémande(nt) aujourd’hui notre hospitalité. Avec eux donc, goûtons cette halte et refaisons nos forces dans ce repas de l’eucharistie, avant de reprendre notre marche vers le Père, par le Fils, dans l’Esprit.

    Philippe LOUVEAU, prêtre à Villejuif